Revivez les plongees d'Aurore

« La mer est calme, le ciel azur, il est 9h00. J'embarque sur le zodiaque jaune du CIPA. Direction la rade de Villefranche. Une fois le bateau ancré, je me concentre sur l'objectif du jour : atteindre 75 mètres. Je m'allonge et ferme les yeux pour visualiser une dernière fois ma descente. Il me faut trouver un état de sérénité absolue avant de partir. Le moindre stress mettrait immédiatement fin à ma plongée. J’ajuste mon pince-nez, chausse ma palme et attache à mon poignet une longe sur laquelle repose le système de sécurité. Mon entraîneur, François Gautier est à bord. Il m’encadre depuis des semaines et assure ma sécurité. Sa présence me rassure.

Trois minutes avant le top officiel, je me mets à l'eau et clipe la longe sur le câble qui me relie à la surface. J'immerge mon visage et m'habitue à ouvrir les yeux dans l'eau. Je respire lentement dans mon tuba. Tout va bien. Le compte à rebours est lancé. A moins 30 secondes, je commence mon inspiration maximale, puis au zéro je plonge enfin et disparais. Je laisse la surface, ses bruits, ses tracas, ses joies, ses peines. Qu'importe, là où je vais le silence brille, la pensée n'est plus. Avec la vitesse, je sens le fluide couler sur mon visage et bientôt le plaisir de me retrouver dans un espace vierge totalement libérée, seule face à l’immensité. Je palme avec vigueur jusqu’à 40 mètres puis je me laisse couler au fond, comme une pierre de 40 à 75 mètres pour économiser de l’oxygène ».

 « Mes bras sont maintenant le long du corps, je ferme les yeux et m'abandonne à l'eau. Tous mes muscles sont relâchés. Mon unique pensée : compenser la pression qui s'exerce dans l'oreille interne. Je file à peu près à un mètre seconde, c'est un peu comme “glisser sans tomber”. Au fond, je prends la plaquette et me retourne. Comme au début de la plongée, je palme fort pour remonter à la surface. A 20 mètres, deux apnéistes de sécurité viennent me voir. Je les vois très flous, mais ils font un bruit comme pour me dire “tout va bien, plus que 20 mètres à remonter”. L'eau s'éclaircit et je distingue enfin la silhouette du bateau. Quelques mètres avant de sortir, je souffle tout mon air, de sorte qu’à la surface je n'ai qu’à inspirer pour récupérer tout de suite de mon effort. Cette inspiration vitale rappelle la naissance.

A ce moment-là, on a encore un peu de bleu au fond des yeux. L’effort se transforme en joie. On revient de ce voyage, avec des envies d’encore et un fort sentiment d'accomplissement. Le dépassement de soi, en harmonie avec la nature, porte les Etres ».

 

 

 

 

 

"Récit d'un voyage à 75 mètres..."